
Le week-end dernier, je suis aller écouter un peu de bonne musique avec un ami dans cette ville que des espagnols ont appelés lumière, aux bord du Gave de Gavarnie. Entre deux concerts, pour faire évaporer les litres de sangria avalés pour faire monter la sauce, on se tape, trois contre trois, un bon foot de rigolade avec les ménestrels de Marvin. 5-2, la raclée, les torses nus vainqueurs de la coupe est pleine. Ayant, le lendemain, quelques heures à éventer plutôt que de croupir devant le versant ombragé de la programmation locale, nous partons aisément motorisés nous garer au parking du Tourmalet pour, ensuite, marchouiller jusqu'au sommet du Pic du Midi. Sur la route, notre moteur peine autant que les jambes de ces cyclistes fiers de marquer le goudron quelques jours avant que le peloton ne s'y écrase. N'empêche qu'on rigole bien quand même, sûr de notre jauge de gazoil et de la fiabilité de notre mécanique allemande. Une fois là haut, nos membres inférieurs relaxés par la souffrance des autres, nous partons en courant faire l'ascension ridicule de ce sommet en libre accès payant de 2876 mètres. La pause du haut fut courte mais bien au delà des nuages, seule réelle satisfaction. Nous redescendons après une petite sieste d'altitude, nos chaussures dérapent sur la roche fracassée. Une fois le mur passé, à 2637 mètres, la pente devient piste et se fait donc relativement plus douce. Mes jambes légères, je passe une épingle et je gèle sur place : un type sur son vélo de course en charbon, comme le prononce un ami, avec ses pneus taillés pour l'asphalte balayée est en train de remonter la piste caillouteuse, merdique et boueuse, parce que des névés fondent encore. De mon intérêt pour les images fortes du passé, je ne peux m'empêcher de penser à ce qu'était les débuts du Tour de France et en particulier à ces étapes de montagne sur des routes non carrossables, et encore plus en particulier à ce Tourmalet. À noter que ce col fut de la fête sur le Tour 1910 grâce à Alphonse Steinès qui aime bien cuisiner fort épicé pour les autres : " À l'automne 1909, estimant que les difficultés (du Tour) présentées jusque-là ne suffisent plus, qu'il convient de trouver beaucoup mieux, Alphonse Steinès, le conseiller d'Henri Desgrange, lui suggéra de voir plus grand, plus haut pour être précis. Steinès propose de faire gravir le Tourmalet aux cyclistes du Tour, mais Desgrange ne prend pas au sérieux cette proposition. Steinès décide alors de se rendre lui-même sur les lieux pour vérifier la réalisabilité de son idée. (...) Bien qu'informé des récentes chutes de neige rendant impraticable le franchissement du col, Steinès monte dans une voiture pilotée par un certain Dupont, de Bagnères-de-Bigorre. À quatre kilomètres du sommet, une épaisse couche de neige empêche le chauffeur de poursuivre. En chaussures de ville, une canne de touriste à la main, Steinès lui ordonne de faire demi-tour et de l'attendre à Barèges. Ayant retenu les recommandations de l'autochtone qui lui a dit que de longues perches indiquaient la route, Alphonse Steinès parvient à franchir le col. La nuit enveloppe totalement la montagne, le froid ajoute aux difficultés. Le collaborateur de Desgranges va disparaître dans une congère d'où il ressort pour échouer dans un ruisseau... Trempé jusqu'aux os, il devine en contrebas les lumières de Barèges. Un homme vient à sa rencontre ; il s'agit du correspondant local de L'Auto, M. Lanne-Camy, alerté par le chauffeur demeuré inquiet de l'audace de son passager. Après un bain et un repas, Steinès s'endort. Au réveil, il reçoit la visite des guides, partis à sa recherche. Eux aussi sont éreintés mais heureux de le retrouver en vie, intact, quasiment prêt à repartir. Steinès les écoute, les remercie puis rédige dans la foulée un télégramme à Henri Desgrange : « Passé Tourmalet. Stop. Très bonne route. Stop. Parfaitement praticable. Stop. Signé Steinès.» (from Lafouine74470). Durant une seconde, cet épisode remonte donc à ma cervelle et je ne peux donc m'empêcher d'applaudir son coup de pédale à la limite de la perte d'adhérence, et sa peur de la crevaison à la limite du raisonnable. Même si, m'étant moi même retrouvé encore en selle dans quelques descentes vététesques avec un vélo de piste, je m'étais fait engueulé par mes compagnons de route jugeant ma provocation inutile ou fantasque. Mais j'aimais leur rappeler que les routes d'antan étaient bien plus mauvaises et nos pneus actuels bien plus résistants, alors si je devais poser pied à terre, autant brûler le vélo et marcher pieds nus. Enfin bon, rien à voir ici, ce type, il ne descend pas, il vient de se cogner ce morceau d'histoire qu'est le Tourmalet, soit, par son goudron frais actuel mais il ne peux ensuite résister à remonter le temps en pierre et poussière jusqu'au Col des Laquets, 522 mètres plus haut ! Alors si je m'attendrit souvent de la relative souffrance des propres coureurs du dimanche et que je me penche trop en arrière vers les souffrances passées de ces sales coureurs en jersey, c'est parce que j'aime les dérapages sans fart et sans costume et ce grimpeur inconnu m'en a donné. Ce Lapize cramé qui l'a passé premier à pied, ce Tourmalet en chemin de 1910, et Garrigou, en second, le seul à être rester le cul sur sa selle, eux aussi ils m'en donnent sur ces images en noir et blanc, en poussière et soleil qu'on peux encore trouver accrochées dans quelques rendez vous de chasseurs de cols. Je n'ai pas eu le temps de sortir mon appareil photo pour le flasher, lui, dans cette fulgurante montée, trop occupé à le noter de mes yeux et à gober les mouches. C'est donc sur le cul que j'ai continuer à redescendre vers le Tourmalet. Arrivé en bas, enfin au col, j'ai fais face à un dessin de Christian Lax, trois coureurs grandeur nature à lunettes de soudeur grimpent sous les grandes gueules à béret occitan et le maillot jaune à le visage tranché. Normalement, en glissant sa face de touriste dans le trou, ça sert à se mettre dans la peau photogénique de ses écraseurs de poules du XX° siècle. Mais là, à vide, je n'ai rien trouvé de mieux pour imager ce proche souvenir de grimpeur inconnu. Une fois la photo prise avec la roche d'arrière plan dans le trou du visage, je remarque un bar dix mètres plus loin. J'ai soif, je rentre et merde, là je tombe sur un bar plein de porteur de claquettes tout bariolés de pubs, tous en train de regarder l'étape en cours. Il y a plein de vieilles photos aux murs, des bécanes de course de l'époque, et ça sent bon la sueur. Je bois mon distingué en profitant du haut paysage en couleurs. Sprint et bras levés à l'écran, tout le monde énervé saute sur sa machine et lâche les freins dans la descente. Nous, on remonte dans le camion, mais on freine un peu dans les virages pour klaxonner ces camping-caristes qui sont déjà là garés aux avants postes pour le grand jour. Ils répondent joyeux par de grands signes, eux aussi, ils savent que la montagne, ça se gagne étape par étape.
Bonjour,
RépondreSupprimerJe suis la personne que vous croisé dans la montée du Pic du Midi de Bigorre le 13 juillet dernier. Malheureusement la communication en haut du Pic n'était pas bonne, de ce fait je n'ai pas eu l'occasion de parler davantage avec vous. Bravo pour votre article et pour l'ensemble de votre blog. L’amateur de cyclisme que je suis apprécie.
Vous avez raison; la montée vers le Pic du Midi fut plus qu'un simple cheminement rugueux vers la stratosphère... c'était aussi un voyage dans le temps. L’espace d'une petite heure j'ai eu ainsi le privilège de renouer avec un cyclisme à la fois sauvage et plein de saveurs. Loin de la pratique aseptisée de la petite reine qui caractérise les courses actuelles. Au cours de l'ascension, j'ai eu beaucoup de chance en ne crevant pas. Mon destrier était équipé de pneus de 23mm seulement. D'autre part, le squelette (en aluminium et non en "charbon") de la machine de guerre a su également se montrer à la hauteur de cette escalade délicate.
Sur le plan physique, la montée n'était pas forcément évidente surtout dans le final où il fallu porter la machine pendant une petite vingtaine de minutes et puis, mine de rien, l'altitude commençait à faire son effet. Mais ce qu'il faut retenir, c'est le PLAISIR retiré à l'occasion de cette montée qui s'aventure sur des territoires quasi vierges de routiers. Bref, j'ai eu tellement de bonheur à gravir le pic que mon seul mérite réside finalement dans le fait d'être un privilégié. D'autant que la beauté du panorama au sommet allait bien au-delà de mes espérances.
Pour conclure, j'inviterais les amateurs de cyclisme à venir s'aventurer sur cette piste qui mène au Pic du Midi; dernière escale avant le cosmos. Et d'une façon générale à sortir des itinéraires bitumés. Nos frêles machines sont beaucoup plus robustes que vous le croyez.
...Couraduque...Parpaillons...tremblez!
Voici mes coordonnées, si vous êtes éventuellement intéressés par des photos de cette bien belle journée.
mailland.rosset.vincent@gmail.com
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RépondreSupprimerUn groupe facebook dédié à l'ascension du pic du midi de Bigorre en vélo de course!!!!
Dom, le fidèle lieutenant de Vincent!