
Après quelques jours de grisaille qui ont repoussé mon envie de pédaler, voilà un matin ensoleillé qui m'invite à me brûler les jambes. Seul élément douteux, le vent, du vent, une tempête, presque. Ne voulant pas faire le timide une fois encore et laisser ainsi revenir le sale temps, je décide d'en profiter quand même. Pour éviter de faiblir dès le début, je pars dos au vent, savourant cette illusion de grande forme et le silence dans mes oreilles. Tout à droite, à soixante à l'heure sans perturbations dans les tympans, on croit voler, la sensation est exquise. Surtout que vous savez que ça ne durera pas. Ma route continuait ensuite valonnant, montagnant parfois, donnant ainsi un abri temporaire à mon aérodynamisme mesuré. Ma forme devait d'ailleurs aussi être mesurée parce que sur les deux petits cols passés, je me suis fait enrhumé par un groupe du troisième âge. On est montagnard de souche ou on ne l'est pas, enfin, c'est ce que je me disait pour rassurer mes quatre-vingt quinze kilos de pesanteur. La descente forestière du dernier col m'a trompée sur l'état de la météo. Sortit volant du bois, il fallait maintenant tailler de l'air. Dernière récompense avant la vallée, une route empruntant une grotte, dans laquelle résonne une rivière. Il y fait nuit, humide, on croit faire un bon dans le temps avec notre tempovélocipède, c'est magique. Vient ensuite la vallée et sa pleine orientation au vent : retour de pédale, reprise d'adhérence, coller au sol. Malgré la fin de journée, le souffle n'a pas faiblit, celui de l'air bien sûr, le mien si. Tout à gauche et plus rien dans les pattes. Reste juste à être patient et à me prosterner devant cette invisible puissance. La patience, je l'ai surtout trouvée dans un verre de Cointreau, au premier bistrot venu. Le jour baissant et la force des éléments avec, j'ai pu reprendre ma route, en philosophe essoufflé. Le vent de face n'est, après tout, qu'une impression de grande vitesse alors que l'on avance pas. Il suffit donc d'avoir un moral de titane pour se désintéresser du sol et beaucoup de puissance d'imagination pour se rêver à pleine vitesse emmenant de la bracasse, et le tour est joué. Le problème, c'est que ça aussi ça casse les canes.
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